35, rue Tête-d’Or, à Lyon. Pendant plus de vingt ans, des centaines de malades par jour montent l’escalier d’un homme sans blouse ni diplôme, que tous appellent « le Maître ». La médecine le condamne trois fois ; l’empereur de toutes les Russies le fait pourtant venir en secret jusqu’à son palais. Le plus grand guérisseur de l’Histoire, ou le plus grand imposteur ? Et le plus invraisemblable, c’est ce qui est documenté.
Qui était Maître Philippe de Lyon ?
Nizier Anthelme Philippe (1849-1905), dit « Maître Philippe » ou « le Christ de Lyon », était un guérisseur savoyard installé au 35 rue Tête-d’Or, à Lyon. Sans diplôme de médecine, il recevait des centaines de malades par jour et fut condamné à plusieurs reprises pour exercice illégal de la médecine. Introduit à la cour de Russie, il devint un conseiller du tsar Nicolas II, avant Raspoutine.
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Dans cet épisode, découvrez l'incroyable histoire de Maître Philippe de Lyon, un homme à la croisée des chemins entre légende et réalité. Un parcours énigmatique qui a laissé des traces dans l'histoire, de Lyon jusqu'à la cour du tsar de Russie. Restons Kurieux ! Visitez notre site : https://kuriousanima.fr
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Les origines : un paysan savoyard refusé par la médecine

Maître Philippe a-t-il vraiment soigné des gens sans les toucher ?
Les faits établis sont les consultations massives rue Tête-d’Or et les témoignages de canuts (ouvriers de la soie) déposés sous serment chez un notaire lors d’un procès. Les guérisons « sans contact », à distance ou par « absorption du mal » relèvent du récit de tradition et des biographies dévotes : elles sont rapportées par ses partisans, mais ne constituent pas des preuves médicales.
25 avril 1849, trois heures du matin, au Rubathier, un hameau de Savoie perdu dans la montagne (commune de Loisieux). Un enfant naît : Nizier Anthelme Philippe. Et déjà un détail qui cloche : il ne naît pas français. En 1849, la Savoie appartient encore au royaume de Sardaigne — elle ne deviendra française qu’en 1860. L’homme que la France entière va bientôt s’arracher est, à sa naissance, un étranger.
En 1863, à quatorze ans, il descend à Lyon, apprenti chez son oncle boucher, rue d’Austerlitz. Le couteau, le sang, les carcasses — drôle d’apprentissage pour un futur faiseur de miracles. Mais le gamin est intelligent : institution Sainte-Barbe, certificat de grammaire. En 1874, il s’inscrit à l’examen d’officier de santé à la faculté de médecine de Lyon. Il veut soigner — officiellement, légalement. La faculté l’écarte. Il ne portera jamais le titre de médecin. Jamais. Et c’est exactement là que tout commence.
Le pouvoir, puis la traque
Maître Philippe et Raspoutine : quel est le lien ?
Maître Philippe a précédé Raspoutine à la cour de Nicolas II : il fut un conseiller mystique du couple impérial avant lui. L’idée que l’Église orthodoxe aurait délibérément poussé Raspoutine pour le remplacer relève du récit de tradition. Fait établi en revanche : en 1905, l’année de la mort de Philippe, le tsar rappelle Papus — cette fois pour contrer l’influence de Raspoutine.

Au 35 rue Tête-d’Or, l’escalier ne désemplit pas : paysans, bourgeois, ouvriers de la soie, malades qu’aucun médecin n’a pu sauver. Plusieurs centaines par jour, pendant plus de vingt ans. Sa règle stupéfie la ville : il ne demande pas un centime, et rend la pièce qu’on lui glisse. Il répète que ce qu’il donne ne lui appartient pas — que ce n’est pas lui qui guérit. Pas de remède, pas de geste : un mot, un regard, parfois un ordre sec.
Lors d’un de ses procès, des canuts sont allés déposer chez le notaire, par écrit, jurant qu’aucun médecin n’avait pu les soigner et que lui les avait sauvés — des gens simples, engageant leur nom devant la loi. Mais pour la médecine officielle, ce guérisseur gratuit est un scandale vivant. Elle attaque sur le seul terrain où elle est sûre de gagner : la loi. Exercice illégal de la médecine. Condamné le 3 novembre 1887, puis en 1890, puis deux fois en 1892. Et après 1892, plus aucune poursuite : entre-temps, ses patients sont devenus notables, médecins, aristocrates — et bientôt, beaucoup plus haut.
Le tsar, la mort et le mythe
Où est enterré Maître Philippe de Lyon ?
Maître Philippe est inhumé au cimetière de Loyasse, sur la colline de Fourvière à Lyon. Plus d’un siècle après sa mort (2 août 1905), sa tombe est considérée comme la sépulture la plus visitée de Lyon : on y dépose encore fleurs et lettres.

Russie, tournant du siècle. Nicolas II et Alexandra sont hantés par une obsession : un héritier mâle. Deux femmes ouvrent la porte — les princesses monténégrines, passionnées d’occulte — et le pont entre Lyon et Saint-Pétersbourg, c’est Papus, l’occultiste qui se dit son disciple. L’incroyable se produit : un paysan savoyard, trois fois condamné en France, franchit les portes du palais impérial. Selon la tradition, on lui accorde là-bas ce que la France lui a refusé : docteur en médecine, médecin de l’armée, conseiller d’État au rang de général — titres à prendre au conditionnel.
La tradition raconte qu’il aurait promis au couple impérial un fils ; en 1904 naît le tsarévitch Alexis. On lui prête aussi des prophéties — l’hémophilie de l’enfant, la chute des Romanov — « retrouvées » une fois l’Histoire écrite : prudence. Dès 1901, ses proches l’entendent annoncer son départ : « J’espère partir bientôt. Mais je ne resterai pas longtemps. Je reviendrai. » Le 2 août 1905, il s’éteint à cinquante-six ans ; plus de mille personnes suivent le cercueil jusqu’au cimetière de Loyasse. Aujourd’hui encore, sa tombe ne désemplit pas — fleurs, lettres, demandes de guérison : c’est la sépulture la plus visitée de Lyon. Il avait promis qu’il reviendrait. À Loyasse, certains l’attendent encore.
Sources & vérifications
Ne me croyez pas sur parole — vérifiez. Les éléments factuels de cet épisode (naissance en 1849 au Rubathier ; apprenti boucher à Lyon ; examen d’officier de santé refusé en 1874 ; consultations rue Tête-d’Or ; condamnations pour exercice illégal de la médecine en 1887, 1890 et deux fois en 1892 ; lien avec Papus ; présence à la cour de Nicolas II ; naissance du tsarévitch Alexis en 1904 ; mort le 2 août 1905 ; inhumation à Loyasse) s’appuient sur :
- Nizier Anthelme Philippe — Wikipédia (FR)
- Nizier Anthelme Philippe — Wikipedia (EN)
- Notice BnF — Nizier Anthelme Philippe
- Tribune de Lyon — « Maître Philippe, le Christ lyonnais »
- Lyon Capitale — « Maître Philippe, un guérisseur lyonnais à la cour du tsar »
- Vision Times — « Le thaumaturge Monsieur Philippe »
- Rue89 Lyon — « Maître Philippe, le retour du Christ au cimetière de Loyasse »
- Papus (Gérard Encausse) — Wikipédia
⚠️ Tout ce qui relève des dons dès l’enfance, des guérisons sans contact ou à distance, des prophéties (naissance du fils, hémophilie, chute des Romanov, « je reviendrai ») et de l’Église poussant Raspoutine appartient au récit de tradition / à la légende dévote. C’est présenté comme tel — jamais comme une preuve.
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